Retrouvailles inopinées [Barnabé]

le 25/4/2018, 11:55

C'était à mourir de rire. Wynafrid était une excellente stratège, elle s'attendait probablement à se faire poignarder dans le dos. Je dûs donc redoubler de prudence. Nouer des liens avec des assassins sans que cela se remarque. Prévoir un plan parfait où je pourrais la faire disparaître sans laisser de traces. Le fait est... Qu'elle disparut sans laisser de traces. Mais je n'y étais pour rien.

Des recherches furent lancées dans tout Thalarius, tout Pallas et même au delà, mais cela ne changea rien. La charismatique Wynafrid s'était tout simplement volatilisée. Ce fut un sacré coup porté au moral de ses proches, et à l'administration de l'armée. Le Royaume était en deuil, mais il fallait se ressaisir. Prendre des mesures, trouver un nouveau stratège. Le choix fut porté sur Locuste, qui accepta avec peine. Elle avait perdu un modèle.

Du moins, c'est ce que j'ai laissé entendre. La stratège est morte, longue vie à la stratège ! Le destin jouait enfin en ma faveur. Et même si je jouissais d'une excellente réputation au sein de l'armée, il ne me fallait faire aucun faux pas. Rendre indissociable les mots "Locuste" et "stratège". Ainsi, si Wynafrid réapparaissait comme par miracle, et bien... Qui va à la chasse perd sa place. Reste donc morte, Blanche-Neige. La stratégie va au delà de la guerre. Si tu meurs, c'est une faute tactique de premier ordre.

*

*          *

Locuste appréciait parfois, lorsqu'elle avait suffisamment travaillé, se balader dans les rues de la capitale. Elle était pour cela accompagnée de son amie de toujours, Meri, avec qui elle pouvait papoter en appréciant le bon air frais de Thalarius. C'était aussi l'occasion de prendre des nouvelles de ceux qu'elle connaissait, comme certains marchands. C'était, finalement, une brève respiration dans un emploi du temps bien chargé, qui permettait à la stratège de se détendre un peu.

Je déteste ces moments. La vie insignifiante et banale à souhait de badauds pensant tous être le personnage principal d'une histoire palpitante-leur vie. Mais si leurs vies étaient réellement condensées sous forme d'histoires, absolument personne ne les lirait. Ce genre de livres serait plus utile en tant que combustible pour la cheminée. Mais il faut bien soigner son image. La souriante et tempérante Locuste. Être détestée de tous serait plus facile et bien plus amusant, mais bien plus dangereux aussi. Meri ne peut pas me protéger de tous les dangers du monde. Moins j'ai d'ennemis, mieux je me porte.

Soudain, quelque chose piqua l'attention de Locuste.

Une description familière, qui me rappellait quelque chose. Elle semblait venir de..

Deux gardes. Meri et Locuste passaient devant un bâtiment militaire, une sorte de poste de police à la Pallassienne. C'était simplement un bâtiment dans lequel les gardes s'occupant de la sécurité de Thalarius pouvaient entreposer leur équipement, ou entreposer... Des gens. Au sous-sol de ce petit bâtiment, il y avait quelques cellules de prison dans lesquelles on "entreposait" les saoulards, les petits délinquants... Ceux qui n'avaient pas commis de crimes trop graves, et qu'on mettait là le temps de savoir quoi en faire. Et bien devant ce bâtiment se trouvaient Jenmi et Riegeor. Ils parlaient d'un fou, un colosse qui déblatérait des bêtises sur la place publique. Et la loi ne prévoyait rien pour ce genre de cas, alors ils s'étaient retrouvés à le coffrer sans trop être sûrs d'eux. Jenmi et Riegeor, pour en revenir à eux, en plus d'être tous deux gardes, partageait un point commun notable: ils parlaient fort. Ce qui leur valut d'être entendu par Locuste. Cette dernière s'approcha pour en savoir plus, et se laissa guider par Jenmi au sous-sol.

C'était lui. Il ne pouvait en être autrement. Je n'ai plus eu de nouvelles de lui depuis plus de 10 ans, mais... Il n'avait absolument pas changé. Une barbe extrêmement fournie. Un nez immense. Et un regard si mystérieux... La seule chose un tant soit peu différente était que des barreaux nous séparaient. Et jamais je ne l'avais vu se faire attraper avant.

-Meri, très chère, pourrais-tu me laisser un instant ? Cet homme est un ami de longue date.

Jenmi s'éloigna tout de suite, même si la stratège ne l'avait pas sommé de le faire. Meri était vraiment curieuse de savoir comment diable sa meilleure amie pouvait connaître un homme a l'air si... Sauvage, mais.. Elle pouvait comprendre l'envie de lui parler seule à seul, si elle ne l'avait pas vu depuis longtemps. Cela laissa Locuste et Barnabé seuls. Car cet homme s'appelait Barnabé.

-Je t'avoue avoir pensé ne jamais te revoir, Barnabé. Et surtout pas avec des barreaux entre nous.

Locuste sourit.

Je souris. Mon apathie m'empêche de m'attacher à mes pairs, mais pas d'apprécier une situation. Et mes longs débats avec cet homme que je pouvais considérer comme un mentor, il faut bien l'avouer, m'avaient un peu manqué.
Locuste
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le 25/4/2018, 19:33

En fin de compte, ce n'était pas une bonne idée de s'adresser au peuple de Pallas. Les autorités de la capitale ne voyaient visiblement pas d'un bon oeil les invitations à rejeter la société lancées par un étranger. En plus de ça, les Pallassiens étaient certainement le pire public que Barnabé ait rencontré depuis des années. Enfin. Cette expérience aura au moins servi de leçon. Et ce n'était pas la fin pour Barnabé, loin de là. Les deux gardes qui l'avaient appréhendé s'étaient contenté de le mettre dans une cellule, assez spacieuse d'ailleurs. Et ils n'avaient pas fait preuve de la moindre violence à son égard. Ce qui se comprenait, Barnabé aurait pu le leur faire regretter, même avec les mains attachées. Mais quelque chose lui disait que s'il tentait de résister, il ne ferait que s'attirer d'avantage d'ennuis.

C'est donc ainsi que Barnabé fut amené à faire l'expérience de la prison. Il était assez curieux de découvrir la vie de détenu en réalité. Pour l'instant, il déplorait simplement une nourriture infecte et peu variée, une trop grande humidité, et surtout une cruelle absence de divertissements. Il aurait bien souhaité qu'un autre prisonnier le rejoigne dans sa cellule, mais c'était là un pari risqué, son codétenu pourrait tout aussi bien être un imbécile fini comme la plupart des gens qu'il rencontrait, et si Barnabé lui écrasait la tête pour le faire taire, cela ne lui causerait que plus de soucis. La solitude était donc encore préférable. Et puis il avait tout le temps pour méditer, allongé sur sa paillasse. Si seulement les deux gardes ne parlaient pas aussi fort. Qu'est-ce que ces imbéciles pouvaient avoir à se dire de toute façon ? Ils étaient visiblement incapables de construire le moindre raisonnement par eux-mêmes, et au vu de leur manque d'initiative et de réflexion, leurs conversations devaient se résumer à répéter ce qu'ils avaient entendu. Quel pitoyable ennui. Heureusement qu'ils avaient suffisamment pitié du pauvre Barnabé pour ne pas le faire participer à cette parodie de dialogue.

Ils étaient particulièrement bruyants aujourd'hui, cela dit. Barnabé discernait plus de deux voix. Au moins une troisième, aussi forte et plus autoritaire. Une voix féminine. Leur supérieure, sans doute, mais que pouvait-elle bien venir faire dans cet endroit miteux ? Après un bref échange, et constatant avec ravissement que les voix des deux gardes s'étaient tues, Barnabé entendit des bruits de pas en direction de sa cellule. Oh oh ? Une visite ? Enfin une source de distraction. Espérons toutefois qu'il ne s'agisse pas de sa condamnation à mort. Ce serait une fin honorable que de mourir en ayant tenté de libérer les hommes de leurs illusions et de leur hypocrisie, mais Barnabé n'y tenait pas vraiment, surtout pour ces abrutis de Pallassiens. Il décida de rester allongé, l'air de rien, tout en écoutant ce que ces visiteurs comptaient faire de lui. Pourrait-il s'évader si la situation l'exigeait ? Probablement pas. Il n'avait plus qu'à croire en la justice pallassienne.

-Meri, très chère, pourrais-tu me laisser un instant ? Cet homme est un ami de longue date.

Cette phrase plongea Barnabé dans une grande perplexité. Ah bon ? Il avait des amis, lui ? Et au sein des autorités de Pallas qui plus est. Par ailleurs, il avait l'impression qu'il connaissait cette voix. Difficile à identifier, le timbre n'était pas le même, l'intonation et le registre non plus de ce qu'il entendait... Réfléchissons... Il avait bien connu quelqu'un qui venait de Pallas, il y a de ça plusieurs années. Une jeune fille à l'aspect misérable. Se pourrait-il que cette femme soit.. euh... Quel était son nom déjà ?

-Je t'avoue avoir pensé ne jamais te revoir, Barnabé. Et surtout pas avec des barreaux entre nous.

C'était bien elle. Il ne pouvait pas y avoir deux femmes dans le monde qui s'exprimaient avec ce même petit ton sarcastique. Mais quel était son nom ? Laura ? Lotus ? Barnabé était presque sûr que c'était Lotus. Cela dit, il valait mieux ne pas tenter de l'appeler par son nom, au risque que ce ne soit pas le sien, et Barnabé préférait ne pas contrarier quelqu'un qui se trouvait du bon côté des barreaux. Il fit l'effort de se lever et de se tourner vers Lotus.

- Je partage ta surprise, chère amie de longue date. La dernière fois que nous nous sommes vu, il me semble que tu étais moins bien entourée, et bien moins présentable. Alors, dis-moi Lotus, qu'est-ce qui t'amène ici ?

Oups. Il l'avait dit.
Barnabé
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le 5/5/2018, 14:50

Après tout ce temps, entendre la voix de Barnabé me donnait l'impression d'être dans un autre monde. Non pas que je sois si sensible à la nostalgie, mais c'était quand même une impression très particulière. Comme si rien n'avait changé en 13 ans. Je me rappelle très bien avoir étudié chaque son de sa voix, pour en retirer ce qui marque l'esprit des gens, ce qui capte leur attention. Et cette voix était toujours la même. Si ce n'était plus marquante encore.

- Je partage ta surprise, chère amie de longue date. La dernière fois que nous nous sommes vu, il me semble que tu étais moins bien entourée, et bien moins présentable. Alors, dis-moi Lotus, qu'est-ce qui t'amène ici ?

Ah ?

Lotus.

Barnabé semblait s'être trompé de nom.

Comment devais-je le prendre ? En une insulte ?

Locuste écarquilla les sourcils.

-Ah. Tu n'as vraiment pas changé, n'est-ce pas ?

Elle était plutôt surprise. Se faire oublier son nom par son mentor la mettait dans un profond désarroi.

Non, évidemment que non. Barnabé a toujours été dans son monde, ce n'est pas plus surprenant que ça. Ce qui était surprenant, c'est que je reprenais mes vieilles habitudes. Mon attitude était plus "honnête" que d'habitude, ce qui est une mauvaise chose. Peut-être un coup de nostalgie. Quoi qu'il en fut, il aurait été impoli de ne pas répondre à sa question. Il était temps de voir s'il avait autant de conversation qu'auparavant.

Elle fit quelques pas, le regard toujours fixé sur Barnabé, en passant sa main sur chaque barreau, toujours avec un petit sourire.

-Disons que l'eau a coulé sous les ponts. J'ai employé ces treize dernières années à étendre mon influence, et me voilà depuis peu stratège du roi.

Cela sonnait si simple, dit comme ça. Locuste prit une petite moue avant de continuer:

-Cependant, en autant d'années, je n'ai jamais eu vent de ton épopée. L'humanité n'a-t-elle toujours pas ouvert les yeux ? J'imagine que non, étant donné la position dans laquelle tu te trouves. As-tu continué d'haranguer les foules ? Les gens se souviennent-ils de toi ? Le cas contraire serait fâcheux. Cela m'attristerait que mon mentor ait brûlé de la sorte un temps si précieux.

Je me demandais si Barnabé avait fini par se lasser de ne jamais être compris. Lorsque je voyageais avec lui, rares étaient ceux qui prenaient la peine de lui répondre, et j'ai toujours été persuadée qu'au bout d'une semaine, plus personne ne parlerait de lui. Il était doué, éloquent, mais n'était finalement qu'un bouffon pour amuser la galerie, un idéaliste incompris. C'était un gâchis monstrueux.

La laguz fut soudain prise d'une quinte de toux.

Satanée poussière. Finalement, c'était de circonstance. L'homme que j'avais en face de moi n'était probablement qu'une épave, non, une boîte à musique qui prenait la poussière dans un lieu miteux. Mais la chose que je désirais le plus à cet instant précis, c'est qu'il me prouve le contraire.

Une lueur de défi, s'était insolemment allumé dans les yeux de notre stratège. Elle avait l'impression d'avoir rajeuni de dix ans.

Disons plutôt 13.
Locuste
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le 9/5/2018, 15:47

Une légère expression de surprise passagère sur le visage de Lotus laissa présager à Barnabé qu'il s'était peut-être trompé de nom.

-Ah. Tu n'as vraiment pas changé, n'est-ce pas ?

Bon. Plus d'apostrophes alors, elle ne semblait pas être énervée, inutile de retenter sa chance. C'était d'ailleurs une des choses que Barnabé appréciait chez son ancienne compagne de voyage, elle ne laissait jamais transparaître ses émotions, comme si elle n'en ressentait pas. En bref, une personne qui ne s'embarrassait pas des codes sociaux, de ces réactions abusives pour bien signifier à l'autre que oui oui, ce qu'il avait à dire était passionnant et captivait toute notre attention. L'attitude inexpressive de Lotus contrastait avec les hypocrisies auxquelles Barnabé était habitué.

-Disons que l'eau a coulé sous les ponts. J'ai employé ces treize dernières années à étendre mon influence, et me voilà depuis peu stratège du roi.


Stratège du roi ? Rien que ça ? Et dire que cette petite portait des haillons la première fois qu'il l'avait rencontré. Barnabé sentit comme un élan de fierté.

-Cependant, en autant d'années, je n'ai jamais eu vent de ton épopée. L'humanité n'a-t-elle toujours pas ouvert les yeux ? J'imagine que non, étant donné la position dans laquelle tu te trouves. As-tu continué d'haranguer les foules ? Les gens se souviennent-ils de toi ? Le cas contraire serait fâcheux. Cela m'attristerait que mon mentor ait brûlé de la sorte un temps si précieux.

Barnabé s'éclaircit la gorge et se leva enfin pour s'approcher de Lotus.

- Hum... C'est un sujet sensible que tu abordes là. Disons qu'après ton départ, j'ai continué ma route tranquillement de mon côté. J'ai exploré chaque pays, des plus grandes villes aux villages les plus isolés. J'ai même été mercenaire pendant quelques temps. Mais je t'avouerai que pendant toutes ces années, je n'ai pas trouvé une seule personne qui suscite en moi le moindre intérêt. Et les gens qui engagent des mercenaires sont une caste particulièrement méprisable à mes yeux. C'est donc en quête de distraction que je suis venu dans cette belle ville, mais tes compatriotes n'ont toujours pas amélioré leur sens de l'hospitalité à ce que je vois.

Barnabé interrompit son discours en voyant que Lotus était prise d'une violente quinte de toux. Il se rappelait qu'elle avait toujours eu une faible constitution et une santé fragile. Mais Barnabé n'avait pas l'intention de montrer le moindre signe d'apitoiement. Lotus était stratège à présent. Elle était au sommet. Elle était forte. Et elle se présentait à lui en position de force. C'est le lot des forts de ne pouvoir compter sur aucune aide.

-Assez parlé de moi. J'aurais bien des choses à dire pour répondre à tes petites piques, mais nous savons tous les deux que le temps de nos grandes discussions est révolu. Je te propose donc de s'arrêter là pour les formules de politesse. Je ne pense pas que ta venue soit motivée par la simple nostalgie. Tu es calculatrice, je suis certain que tu as trouvé une autre utilité à cette visite de courtoisie. Qu'est-ce que tu me veux ?
Barnabé
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le 16/5/2018, 23:53

- Hum... C'est un sujet sensible que tu abordes là. Disons qu'après ton départ, j'ai continué ma route tranquillement de mon côté. J'ai exploré chaque pays, des plus grandes villes aux villages les plus isolés. J'ai même été mercenaire pendant quelques temps. Mais je t'avouerai que pendant toutes ces années, je n'ai pas trouvé une seule personne qui suscite en moi le moindre intérêt. Et les gens qui engagent des mercenaires sont une caste particulièrement méprisable à mes yeux. C'est donc en quête de distraction que je suis venu dans cette belle ville, mais tes compatriotes n'ont toujours pas amélioré leur sens de l'hospitalité à ce que je vois.

Locuste semblait d'un coup assez perturbée.

C'était réellement aberrant. Ce gâchis de temps me faisait presque tourner de l'oeil. La personne que je tenais le plus en haute estime du monde ne faisait rien de ses talents.

-Assez parlé de moi. J'aurais bien des choses à dire pour répondre à tes petites piques, mais nous savons tous les deux que le temps de nos grandes discussions est révolue. Je te propose donc de s'arrêter là pour les formules de politesse. Je ne pense pas que ta venue soit motivée par la simple nostalgie. Tu es calculatrice, je suis certain que tu as trouvé une autre utilité à cette visite de courtoisie. Qu'est-ce que tu me veux ?

Plus cette conversation continuait, plus j'avais envie de vomir. Cette sensation de gâchis monumental mêlée à son bonheur de retrouver mon mentor me mettait dans l'état le plus étrange que j'ai jamais vécu.

Elle ne portait pas-plus mon masque, comme si je ne l'avais jamais porté. Je retrouvais le même comportement que quand je n'avais pas appris à mentir. Mon visage qui pourtant était mon premier atout pour duper, ce que je faisais croire à l'extérieur représentait mes sentiments actuels. Mon vrai moi. Et mon vrai moi n'était absolument pas expressive. A savoir un visage particulièrement neutre, avec toutefois une légère moue. Je m'adossais au mur et me frottait les deux yeux avec ma main gauche.

C'était plutôt ironique.

J'étais du bon côté des barreaux, et pourtant, je me retrouvais enfermée dans mon ancien moi. Mon authentique "moi". Barnabé exercait une influence très particulière sur ma personne. Sacré phénomène que ce Barnabé.

..Une vingtaine de secondes s'était écoulée. Il était peut-être temps que je réponde.


-..Crois le où non, c'est le hasard qui m'amène en ces lieux. J'ai entendu deux gardes stupides et bruyants parler d'un individu qu'ils avaient appréhendé dont la description me faisait penser à toi. Et comme cela faisait longtemps...

Cette description des gardes m'avait échappée. Heureusement, ils étaient trop loin pour m'entendre, et Meri également. Il ne fallait surtout pas que Meri voit ce côté de moi. Je jettais un rapide coup d'oeil vers le couloir du souterrain, et elle semblait à vue de nez bien trop loin pour m'entendre. Bien.

-Mais j'ai en effet quelques idées derrière la tête. Je pourrais te faire sortir. Tu pourrais autant être mon épée que Meri est mon bouclier.

Je m'exprimais de manière un peu trop directe à mon goût. Il fallait que je retrouve mon masque. Au plus vite. S'éloigner de cet homme pourrait marcher, mais l'idée de le laisser ici ne me convenait pas. Il était fort, il avait une conversation intéressante. Ce serait complètement stupide de le laisser ici, il était hors de question que j'ajoute ma pierre à l'édifice tentaculaire du gâchis de la vie de cet homme. Encore adossée au mur, je ne savais pas quoi ajouter de poli et convenu. J'étais vraiment comme une gamine devant son professeur.

Quitte à en être arrivée là, autant être franche.


-Tu gâches tes talents et ton intellect, Barnabé. Il est temps que cela cesse.
Locuste
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le 29/6/2018, 15:16

Barnabé avait continué de fixer Lotus pendant qu'elle parlait. Il prêtait moins d'attention à son discours qu'à son attitude. Il s'en doutait depuis le début de leur conversation, mais il venait d'en avoir la confirmation. En dépit des apparences, en dépit de son air assuré, Lotus n'était absolument pas à l'aise dans son rôle prestigieux de stratège du roi. Il pouvait le voir clairement à présent. L'expression amicale qu'elle arborait il y a quelques instants s'était peu à peu effacée, laissant place à un visage neutre, mais sur lequel on pouvait déceler une trace d'angoisse. Elle avait laissé échapper une insulte à l'égard des deux gardes, une faute tout à fait excusable, et avait immédiatement tourné la tête d'un air paniqué en leur direction, probablement car elle avait pris conscience de ce qu'elle venait de dire et était soucieuse de préserver son image qu'elle avait mis tant de temps à construire. Ce n'était qu'une théorie, mais elle semblait assez plausible pour Barnabé.

Il se sentait comme attendri devant cette femme qui utilisait son intelligence pour manipuler ses pairs et accéder aux plus hautes sphères du pouvoir. Elle avait à l'évidence déployé des efforts et des capacités considérables pour construire son personnage, et cela avait payé à en juger par la position qu'elle occupait aujourd'hui. Mais Barnabé pouvait voir la fragilité de ce masque qu'elle s'était appliquée à façonner. Certes, il s'agissait d'un cas particulier, mais Lotus devait encore se perfectionner. Elle n'avait pas fini sa lutte contre la société.

C'était bien là quelque chose que Barnabé admirait. Alors que tous les humains abandonnaient consciemment leur esprit critique pour s'inscrire dans cette mascarade, Lotus en restait exclue. Elle restait la jeune fille que Barnabé avait rencontré, qui n'avait d'autre soucis que sa propre condition. Elle ne s'était pas laissée assimiler par la société. Elle la manipulait, elle l'utilisait pour en tirer tous les avantages sans avoir à en subir les inconvénients. Et tout ça alors que quand il l'avait rencontrée, elle savait à peine mentir.

Lotus semblait penser que Barnabé perdait son temps à parcourir le monde pour présenter ses idées à une foule toujours plus indifférente. Mais elle se trompait. Lotus faisait partie des rares personnes qui méritent réellement d'être appelées des êtres humains. Le reste ne valait pas mieux que du bétail. Et Lotus était ce qu'elle était aujourd'hui grâce à Barnabé. Il ressentait la même fierté qu'un maître constatant les progrès de son élève, ainsi qu'une curiosité avide de voir de ses propres yeux la suite de son évolution. Une curiosité que rien n'avait pu éveiller en lui depuis des années. Lotus devait encore se perfectionner, cela ne faisait aucun doute. Et Barnabé tenait à l'accompagner dans son apprentissage. Sa décision était prise.

- Et bien je t'avoue être sincèrement ravi de cette proposition. J'accepte. Je serai votre bras armé, Dame Lotus !
Barnabé
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