Pas un seul drapeau levé [PV Locuste]

le 27/4/2018, 19:32

Les drapeaux de la capitale de Pallas restaient immobiles sur leur pôle, seulement parfois brièvement soulevés par une faible brise passagère qui venait surprendre les habitants de la cité. Il était rare d’avoir ce genre d’accalmie dans la région, alors les citoyens en profitaient pour se déplacer dans les rues et ponts de Thalarius, maintenant libérés des courants d’air qui se glissaient entre les bâtiments de la capitale à l’ordinaire. Le fond de l’air restait glacial, donc pas question de sortir sans des vêtements chauds sur le dos, surtout avec la faible neige qui tombait du ciel.

« Comme à la maison. »

Franchissant un pont couvert qui s’érigeait au-dessus des rues, Flora rêvassait aux similarités entre le climat de Pallas et de la Tribu des Glaces. La température, les vents, la neige, … Tout ça lui était très familier. Cela ne faisait pas longtemps qu’elle était arrivée ici, mais elle commençait à s’habituer à ce nouveau monde, même si le sien et ses occupants lui manquaient.

La servante transportait une caisse en bois qui contenait un sac rempli de pierres précieuses et d’outils afin de les travailler. La nohrienne s’était trouvé un emploi dans une petite boutique de bijoux qui acceptait de la payer et de la faire dormir dans la caravane qui servait d’échoppe pour ses services. Flora était un peu une femme à tout faire, s’occupant parfois de nettoyer, parfois de commissions, parfois d’aider le propriétaire pour faire à manger ou faire le ménage… Une domestique, quoi. Comme quoi il n’y a pas que le climat qui était semblable ici.

La boîte qu’elle transportait n’était pas très lourde, mais Flora avait tout de même bien hâte d’arriver au magasin pour la déposer et terminer les derniers préparatifs à son voyage vers Oghma (si elle se souvenait bien) qui avait lieu dans les prochains jours. Elle sentait la lourde cape de fourrure qu’elle portait sur son dos glisser de son épaule et elle s’arrêta un instant pour remettre le vêtement en place. Se servant de son genou comme appui pour reposer la caisse un bref moment, elle replaça sa cape sur son épaule avec sa main libre. Il avait bon de ne pas avoir de vent, le froid restait présent, et la simple robe vert-olive de coton qu’elle portait ne suffirait pas à la garder au chaud.

Alors qu’elle reprenait son équilibre, quelqu’un derrière elle la bouscula brusquement et la fit plonger vers le sol. La caisse de pierres fut projetée devant elle, répandant le contenu du sac sur les pierres gelées de la rue. Flora n’eue le temps de retrouver ses repaires que l’individu qui l’avait poussée se précipita devant elle pour ramasser les minéraux qui étaient tombées sur la route : Le voleur l’avait délibérément fait tomber pour pouvoir dérober sa marchandise qui était éparpillé au sol. Il remplissait ses bras des gemmes et, lorsque Flora s’exclama d’un « Hey! Au voleur! », celui-ci prit rapidement la fuite.

À peine relevée, la nohrienne tendit son bras devant elle et se concentra : Son héritage tribal s’éveilla en elle et une énergie glaciale défila dans ses veines. Fermant tranquillement ses yeux un court instant, Flora fit manifester une bourrasque de vent qui siffla entre les bâtiments de la ville. Les fanions au-dessus de la scène se levèrent brusquement et une violente rafale traversa le pont, emportant avec elle les flocons de neige qui tombaient auparavant paisiblement. La force du courant d’air fut telle que la cape de Flora fut soulevée, les gens protégèrent leur visage de cette soudaine manifestation et d’autres en perdirent presque l’équilibre. Le brigand qui avait bousculé Flora fut emporté par la bourrasque et s’effondra à genoux sur le sol, se retenant de ses mains pour ne pas tomber face première, échappant de ses bras les pierres qu’il avait volé. Il n’eut pas le temps de se relever qu’une douleur aigu lui traversa la jambe, l’immobilisant un instant. Il tâta de sa main la source de la douleur pour sentir un couteau glacial qui s’était logé dans sa cuisse.

Flora passa à côté de lui, ramassant les gemmes qu’il avait laissé tomber. Une fois fait, elle se retourna et extirpa la lime aiguille qu’elle avait lancée de sa jambe du voleur, qui retint un cri de douleur. Le vent s’était calmé aussi rapidement qu’il s’était levé, et les gens continuèrent leurs activité. En amassant les dernières pierres et outils qui étaient tombé de son sac, certains vinrent lui proposer son aide pour cueillir les derniers objets qu’elle avait fait tomber. Un homme blagua qu’il ne voudrait pas être à la place de celui qui se trouverait dans le chemin de la jeune femme en lui tendant une autre lime qu’il avait ramassé. Flora lui répondit avec un rire discret et s’excusa d’avoir été si peu prudente : Le vent aurait pu emporter la lame n’importe où!

« Laissé-moi vous accompagner : On en sait jamais ce qui pourrait arriver à une jeune femme comme vous!

- Non, ça va aller, je vous remercie. Je suis à quelques coins de rues seulement, et je ne veux pas que mon patron fasse un drame de tout ça. Heureusement qu’il ait trébuché, dit donc!

- Oui, vous avez raison! Aucune bourrasque du genre aujourd’hui, et en voilà une qui vous rend service! Peut-être bien que Pallas veille sur vous. »

Vous n’avez pas idée, monsieur. Flora mit fin à la conversation après s’être fait complimenté, et reprit son chemin avec sa caisse de nouveau remplit. La servante jeta un coup d’œil autour d’elle pour vérifier que personne ne la fixait : Il y avait beaucoup de citoyens dans les rues et sur les ponts, mais ils semblaient avoir tous de nouveau porté leur attention sur leur besogne. Elle crut croiser le regard d’une femme, mais un court instant seulement. Tout simplement un hasard. Flora s’engouffra de nouveaux entre les bâtiments dans les rues de Thalarius. Les drapeaux étaient de nouveau immobiles sur leur pôle, pas le moindre courant d’air pour les secouer.
Flora
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le 5/5/2018, 19:47

-ATCHA !

Un bruyant et éternuement retentit dans les couloirs du palais de Pallas. Un bruit plutôt commun, surtout si on en connaissait la provenance. Rafrid, jeune domestique de 19 ans, qui effectuait aujourd'hui même son premier jour de travail, n'était pas au courant. Il se précipita vers la source du bruit, qui, déformé par l'écho des très longs couloirs, avait l'air d'un terrible grondement. Son travail était de repousser la saleté, mais c'était le moment de prouver sa valeur ! Quelle ne fut pas sa surprise de trouver une femme toute maigre, de vert vêtue, un mouchoir de tissu à la main. Elle renifla.

Il avait vu un haut fonctionnaire renifler. Ce moment resta gravé dans son esprit, il le racontera plus tard à tous ses amis et toute sa famille et aura acquis le surnom de "Rafrid l'espion" auprès des siens. Ce sera grâce à cette renommée qu'il rencontrera la femme de sa vie, une amatrice de ragots. Il vivra heureux avec elle et mourra dans son lit, entouré de ses enfants, qui seront sa plus grande fierté.

Qu'est-ce qu'il avait, à me regarder comme ça ? C'est extrêmement malpoli de fixer les gens. Qu'est-ce que ça lui apporterait, à sa triste vie de laquais ? Ma faible constitution me rendait la vie déjà suffisamment difficile pour que je n'ai à supporter ce genre de spectateurs indésirables. Mais ça, je ne pouvais pas le lui montrer. Je devais garder l'image parfaite de l'aimable stratège. Chaque détail compte. Je me contentais donc de lui sourire poliment en le saluant d'un signe de tête.

J'avais pourtant tellement envie de le voir agoniser.


Après avoir traversé les longs couloirs du palais, Locuste était enfin dehors. Sans sa garde du corps, étrangement. Sa comparse de toujours, l'adorable Meri, était malade aujourd'hui. Forte fièvre, clouée au lit. Le froid, la fatigue, ou les deux.Elle avait supplié à notre protagoniste de ne pas trop sortir du palais, ou au moins de prendre un autre garde du corps.

Je la soupçonnais de m'avoir refilé sa crève, d'ailleurs. Et il était hors de question que je prenne pour garde du corps un stupide garde aléatoire. Meri aussi était stupide, en un sens, mais elle, je m'y étais habituée.

Mais que pouvait donc faire Locuste toute seule dans les rues de Pallas ?

Il n'y avait aucune bataille à préparer, aucune visite diplomatique à venir. En d'autres termes, je m'ennuyais. Et depuis que j'avais obtenu le poste de stratège, je ne faisais que souffrir les gens à distance. Je ne pouvais plus me permettre de risquer des stratagèmes pour pourrir la vie de mes pairs, le risque était bien trop grand. Mon masque devait tenir. Alors me ballader seule pouvait être une solution. Si quelqu'un m'attaquait, ce ne serait que légitime défense de revêtir ma forme draconique, disons, quelques secondes, afin de lui arracher les bras. J'étais certaine que je pouvais passer outre les répercussions de cette transformation sur ma santé, bien minces par rapport à la satisfaction qu'elle m'apporterait.

Elle se balladait ainsi au hasard dans les rues de Thalarius, en profitant de l'occasion pour passer le bonjour aux commerçants qu'elle connaissait.

J'aimerais les voir agoniser.

Locuste eternua. Encore.

-ATCHA !

-Hey! Au voleur!

Pendant cette seconde où elle n'était pas concentrée sur son entourage, il y eut soudain beaucoup d'animation. Un homme était en train de courir, avec dans ses mains quelque marchandise que Locuste ne pouvait discerner. Il était de dos. Soudain, la jeune femme leva une main, et un vent glacial traversa la rue, faisant tomber le voleur. Qui se reçut un couteau glacé dans la cuisse.

De la magie ? Sans tome ? Voilà qui n'était pas commun. Clairement pas commun. Quelques badauds vinrent aider la "victime" à ramasser ses affaires, et j'entendis même un plaisanter :

-...Aucune bourrasque du genre aujourd’hui, et en voilà une qui vous rend service! Peut-être bien que Pallas veille sur vous.

Aveugle, il était probablement complètement aveugle. La main, la bourrasque, cela ne pouvait pas être une coïncidence. La question restait la même, comment diable avait-elle réussi une telle prouesse sans tome ?

La jeune femme aux cheveux bleus reprit sa route. Locuste lui emboîta le pas. Marchant à une bonne allure pour pouvoir la rattraper. Lorsque les deux jeunes femmes furent côte à côte, la laguz, sans la regarder, demanda simplement:

-Comment ?

Ensuite seulement, elle tournait la tête et regardait la mystérieuse magicienne de ses yeux d'or, lui souriant.

-Je vous ai bien observée, et vous ne me ferez pas croire que cette bourrasque était naturelle. Mais vous ne semblez pas avoir de tome sur vous. Alors, comment ? Comment avez vous fait ça ?

Enfin une rencontre intéressante. J'avais une hypothèse sur la raison de ses pouvoirs, mais je préférais ne pas m'avancer. Maintenant que j'avais trompé l'ennui,mon objectif était de ressortir de cette conversation en ayant appris quelque chose. Un bien noble objectif de ma part.

Elle, je n'avais pas tant envie que ça de la voir agoniser.
Locuste
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le 7/5/2018, 02:37

Les chemins qui serpentaient entre les bâtiments de la capitale de Pallas devenaient de plus en plus familiers pour la domestique. Les murs de pierres, les toits qui recouvraient les routes pour les protéger du vent et des intempéries. Tout ça lui donnait l’impression de déambuler dans les couloirs de la forteresse où elle avait grandi à Nohr. La Tour du Nord où, durant de nombreuses années, sa sœur jumelle, Jakob et elle-même servirent Corrin lors de son isolation imposé par le Roi Garon. Outre les autres citoyens, évidement. La tour de sa jeunesse n’était que rarement visité, et ce que par la famille royale.

Flora, cargaison en main, arriva à un embranchement avec une rue sur sa droite et elle hésita un instant : Est-ce qu’elle avait continué arrivé à cette intersection, où bien avait-elle pris une autre direction? Ce bâtiment à sa gauche lui était familier, probablement avait-elle passé devant. La nohrienne se retourna pour essayer de reprendre le point de vue qu’elle avait lorsqu’elle était passée la première fois. La jeune femme reconnut le décor qu’elle avait sous les yeux. Elle était bien passée par ici, et la devanture de cet établissement lui rappelait bien quelque chose.

La servante soupira en formant un souffle visible, gelé par le froid. Se perdre ainsi était plutôt du genre à Felicia. Elle se souvenait qu’elle était à contresens de beaucoup de gens lorsqu’elle était passée plus tôt, elle décida donc de suivre la foule le temps de se repérer et emprunta le chemin sur la droite. À peine quelques pas plus loin, elle reconnut un groupe d’enfants qui jouaient avec des bouts de bois comme s’il s’agissait d’épées. Flora fit attention de prendre un détour afin d’éviter de se retrouver dans la mêlé. Un accident était amplement suffisant!

Avant que les cris des enfants ne faiblissent complètement derrière son dos, une voix s’adressant à elle vint l’extirper de ses songes.

« Comment? »

Flora se retourna brusquement pour voir une silhouette suivre ses pas à ses côtés. La mystérieuse inconnue tourna ensuite la tête pour la regarder droit dans les yeux. C’était une femme d’une dangereuse beauté, celle-ci légèrement voilé par un teint malade. Ses narines étaient rouges et ses yeux semblaient gonflés. La domestique ralentit le pas, légèrement angoissé par cette nouvelle présence. Le sourire de celle-ci se fendit lorsqu’elle continua ses questions sur l’événement qui s’était déroulé plus tôt. Comment avait-elle pu voir tout cela? Même si elle n’avait pas vraiment fait d’effort pour dissimuler son pouvoir, ce n’était pas comme si c’était du jamais vu à Thalarius ce genre de bourrasque.

En maintenant sa nouvelle cadence de marche ralentit, la nohrienne répondit d’un air sec :

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Si vous le voulez bien, j’ai des choses à faire. »

Flora reprit le pas, avec une expression outrée façonnée sur son visage, regardant droit devant elle. Parler de l’origine de ses talents était une chose bien dangereuse, cela l’exposant comme une voyageuse interdimensionnel. Aussi bien garder cette information secrète, ne serait-ce que pour l’instant. Attirer ce genre d’attention serait inconscient, le temps qu’elle puisse voir comment sa présence en ce monde pouvait être bienfaisante pour le futur de celui-ci, et du sien. Un rapide regard lui indiqua que la mystérieuse femme était toujours à ses côtés. La servante interrompit son pas, et se retourna vers la témoin de son tour de magie. Elle reprit prise de sa caisse de joyaux en l’appuyant sur son genou et, une fois fait, reprit de feinter son intervention dans les événements précédents :

« Écouter, je dois vraiment aller porter cette cargaison. Vous avez probablement vu que le contenu est assez lourd, et je ne voudrais pas me blesser le dos avant d’arriver à la boutique. Le coup de vent était un coup de chance, comment en aurait-il été autrement? »

Elle espérait que son expression sévère et son regard sérieux lui permettrait de se sauver de ce mauvais pas. Mentir n’était pas sa force, mais ça fonctionnait bien sur sa sœur jumelle.
Flora
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le 16/5/2018, 16:30

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Si vous le voulez bien, j’ai des choses à faire.

Sec.

Un déni complet. C'était à prévoir. Un tel pouvoir attirerait bien trop l'attention pour une jeune femme aussi discrète. Quelque part, je trouvais cela... Décevant. Un tel potentiel et pourtant, elle était là, à porter des caisses.

Cette dernière remit brièvement sa caisse bien en place avant de reprendre sa marche de plus belle. Locuste sur ses talons, un petit sourire aux lèvres. Elle ne la lâchait pas.

- Écoutez, je dois vraiment aller porter cette cargaison. Vous avez probablement vu que le contenu est assez lourd, et je ne voudrais pas me blesser le dos avant d’arriver à la boutique. Le coup de vent était un coup de chance, comment en aurait-il été autrement ?

La stratège ne fit pas de commentaire, se contentant de suivre tranquillement la jeune femme aux cheveux bleus pour un petit moment. D'un geste de la main, Locuste remit en place une mèche de cheveux écartée par le vent.

Le vent... Un coup de chance ? Elle n'en démordait pas, cette petite. Je pouvais concevoir que le vent ne soit pas de son fait. Il est vrai que j'ai déjà vu pire bourrasque, dans cette région. Mais.

- J'imagine que vous avez raison. La météo Pallassienne à toujours été capricieuse.

Il y avait un léger "mais".

- Et le dieu Pallas châtie plutôt régulièrement les voleurs d'un coup de couteau gelé. C'est assez commun, en réalité. Je dirais même anodin.

Elle l'avait dit avec la plus grande banalité du monde.

Il y a beaucoup de choses que je déteste, et être prise pour une imbécile en fait partie. Je décidais cependant de passer outre, pour en revenir au noeud du problème.

La laguz posa délicatement sa main sur l'épaule opposée de son interlocutrice.

Une main douce, presque compatissante. Emphasons sur le presque.

- Soyez honnête avec moi, jeune fille... Pour être capable de telles prouesses sans tome, je ne vois que deux possibilités. La première serait votre appartenance à la race Manakete, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi vous le cacheriez. Il n'y a pas de honte, vous savez ? Je suis moi-même Laguz. A Thalarius, tout le monde à sa chance.

Elle fit un sourire sincère, montrant qu'elle était digne de confiance.

Les gens sont plus enclins à vous révéler leurs secrets quand vous révélez les votre. Pas que cette information soit vitale pour moi, bien entendu. Mais il me fallait quand même continuer, tenter quelque chose.

- A moins que...

Je fis mine de regarder à gauche, puis à droite, avant d'approcher ma tête de la sienne et de murmurer:

- Vous ne soyez une voyageuse ?

Leurs cheveux se touchaient presque. Locuste éloigna doucement sa tête, puis tapota gentiment l'épaule de la jeune fille.

Si elle n'était pas une voyageuse, ce qui m'étonnerait grandement, ce simple nom ne lui donnait pas assez d'informations pour qu'elle puisse deviner quoi que ce soit. Toujours était-il que cette jeune fille semblait manipulable. Ceux qui placent des barrières sont souvent, au fond, les plus vulnérables.

Elle rit doucement, sans être mesquine.

- Je m'appelle Locuste.
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le 16/5/2018, 23:01

Toujours suivie par la mystérieuse dame, Flora commençait à en avoir assez. Sa crainte originelle suite au questionnement de la femme laissait place à une irritation certaine. Même si celle-ci restait silencieuse, elle suivait toujours la domestique en maintenant la même distance. Les émotions se succédaient dans son esprit, mais son air sévère restait affiché sur son visage. Après un court silence qui parut à la fois comme une éternité et comme étant trop court, l’inconnu glissa une remarque :

« J'imagine que vous avez raison. La météo Pallassienne a toujours été capricieuse.

- Et voilà!, souffla doucement Flora, même pas certaine que la personne légèrement derrière elle ait entendu le commentaire.

- Et le dieu Pallas châtie plutôt régulièrement les voleurs d'un coup de couteau gelé. C'est assez commun, en réalité. Je dirais même anodin. »

La nohrienne fit une moue, offusquée par le commentaire, sans pour autant en ralentir le pas. Est-ce qu’elle se moquait d’elle? La voilà qui faisait des sarcasmes. Son ton restait neutre, et Flora ne put décider si c’était insultant ou rassurant. D’un mouvement de genou, elle put changer la position de son étreinte sur sa caisse de gemmes.

« Oui, bon, le couteau, c’était moi. Pas besoin d’en faire un numéro. »

La fille aux cheveux bleus désirait finir cette conversation au plus vite. Elle avait autre chose à faire que de servir d’amusement pour une femme qu’elle ne connaissait pas. C’est à ce moment que la douce main de l’inconnue vint s’apposer délicatement sur son épaule. Flora jeta un regard surpris aux doigts blancs et abaissa légèrement son épaule en signe de dédain, sans pour autant les en chasser. La nohrienne ralentit sa cadence de marche et, lorsqu’elle retourna la tête pour voir le visage de la femme, elle fut accueillie par un sourire des plus sincères, ainsi qu’un court monologue sur l’essence de la mystérieuse dame.

Même si elle restait irritée par toute cette aventure, Flora ne put s’empêcher de se sentir flatter par cette confession. La main qui était posée sur elle semblait soudainement plus chaleureuse qu’auparavant. La fille de glace lui rendit un sourire poli, rien de très invitant, mais qui dénotait tout de même son appréciation de la tournure de la discussion.

Avant même qu’elle ne puisse répondre à la Laguz, celle-ci enchaîna, avec un air penseur :

« À moins que…, puis, suivit d’un rapide coup d’œil à gauche et à droite, la dame approcha son visage du sien et continua dans murmure : Vous ne soyez une voyageuse? »

Cette approche intime ne laissa aucune échappatoire quant à la réaction de Flora. L’expression surprise qu’elle tenta de dissimuler ne put échapper à l’autre femme qui recula la tête.  La main qui était posée sur son épaule la lui tapota tranquillement et la domestique ne put s’empêcher de s’arrêter suite à cette soudaine révélation. Y avait-t-il d’autres gens comme elle? D’autres "voyageurs", comme le disait la femme? Celle-ci avait peut-être des informations sur la mission qu’on lui avait confiée.

« Je m’appelle Locuste, annonça cette dernière après un léger rire. »

La nohrienne finit par ralentir le pas à un point que les deux femmes étaient tout simplement arrêtées. Elle se retourna pour faire face à la dénommée Locuste et, après avoir à son tour regarder autour d’elle, demanda :

« Que savez-vous des voyageurs? »

Elle fixa les yeux de la dame, bien décidée à en apprendre d’avantage. Même si son comportement trahissait son origine, elle ne pouvait laisser passer cette chance d’en apprendre davantage.

Soudainement gênée de son manque de respect, la fille de glace s’inclina légèrement pour excuser son comportement.

« Pardon, je m’appelle Flora. »

Après sa présentation, elle se releva et repris prise de sa cargaison en prenant appui sur son genou et saisit la caisse par le dessous, les bras tendus à ses côtés. Celle-ci commençait à être lourde après tout ce temps.
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le 20/5/2018, 00:14



Je guettais chacun de ses mouvements. Chacune de ses expressions faciales était passée au crible par ces yeux qui faisaient ma fierté. Le moindre mouvement de lèvres, l'angle que formait ses sourcils, la façon dont la peau de son visage était tendue.

Les deux femmes s'arrêtèrent.

Mon entêtement avait payé.

Pendant les quelques secondes précédant cet arrêt, la "magicienne" aux cheveux bleus avait arboré une expression de surprise. Locuste semblait avoir vu juste, et se ferait une joie de partager ses informations avec sa jeune comparse.

Même Meri aurait pu la deviner, celle-là. Mais aussi simple soit-il d'obtenir une victoire, celle-ci n'en demeurera pas moins satisfaisante. La confirmation de mon intuition flatta mon orgueil de stratège.

- Que savez-vous des voyageurs ?

Avant que la laguz n'aie le temps de répondre, la jeune dame se sentit obligée de se présenter en retour, tout en s'excusant. Elle ne lui en tenait bien sûr pas rigueur, et c'était un très joli nom.

Flora, Flora, Flora, Flora, Flora, Flora, Flora, Flora, Flora, Flora. En général, si je me répète un prénom dix fois, cela suffit pour le graver dans ma mémoire. Le seul attribut un tant soit peu inné dont je disposais, le reste de ma personne physique m'handicapant plus qu'autre chose. Ironiquement, mon corps décida de s'accorder à mes pensées, comme pour les confirmer.

Locuste sortit d'un geste vif de la main droite son mouchoir, dans la poche gauche de son manteau, avant de couvrir avec la partie inférieure de son visage:

- ATCHA !

Très élégant. Merci, corps. Merci, Papa. Merci, Maman. Mes yeux se levèrent au ciel, de consternation.

Après avoir rangé le morceau de tissu, la stratège fit un sourire désolé avant de répondre d'une voix douce:

- Toutes mes excuses. Et enchantée, Flora. Malheureusement, je ne dois pas en savoir bien plus que vous. Pour n'être qu'évocatrice, je dirais que ces derniers temps, des gens comme vous venant de royaumes lointains sont apparus, de manière quelque peu irrégulière. Certains viennent peut-être même du même royaume que vous, qui sait ?

Il n'y avait personne, dans cette rue, mais je n'évoquais rien de suffisamment tangible pour qu'on puisse en tirer des informations précises. Sait-on jamais. De toute manière, cette fois-ci, je n'ai pas menti. Je ne suis pas vraiment au fait du pourquoi du comment sur cette histoire. Prétendre que j'en savais plus aurait pu être intéressant, mais bien trop risqué. Un bon mensonge est un mensonge qu'on ne peut vérifier.

Locuste décida alors d'en apprendre également un peu plus sur cette histoire.

Information contre information, cocotte. Si tu te sens obligée de rendre une présentation, tu te sens probablement obligée de rendre bien des choses à partir du moment ou tu définis une relation comme "cordiale". Nous avions passé ce cap. Tant que je continuai à lui pourvoir des informations, il était presque certain qu'elle me les rendrait. Ah, politesse. Guide des naïfs, opportunité des malins. Bien pratique, en somme.

- Ça me gêne un peu de vous demander ça, mais...

Oh, pas le moins du monde.

- Pourriez-vous me renseigner sur la manière dont vous êtes arrivée ici ? C'est un sujet qui m'intéresse particulièrement, mais je n'y connais pas grand chose... En réalité, c'est la première fois que je rencontre un voyageur !

Locuste eut un sourire un peu inquiet, il n'était pas facile de demander ce genre de choses dès une première rencontre. Elle avait l'impression que c'était un peu trop rentrer dans son intimité, et cela ne la rendait pas fière.

Cause toujours.
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le 23/5/2018, 20:23

L’autre femme répondit par un brusque éternuement qu’elle couvrit d’un mouchoir que Locuste venait de sortir de sa poche. La voyageuse avait bien dénoté que la mystérieuse dame semblait avoir une mine enrhumée, mais c’était la première fois de leur altercation qu’elle faisait signe d’être véritablement malade. C’est donc avec surprise que Flora réagit qui ne put s’empêcher de se retourner le visage par réflexe. Locuste lui présenta un sourire désolé, qu’elle imita elle-même à son tour pour s’excuser de sa réaction. Après cette interruption, la pallassienne se reprit en répondant :

« Toutes mes excuses. Et enchantée, Flora. »

Celle-ci baissa légèrement la tête afin de témoigner de la réciprocité du sentiment. Locuste continua :

« Malheureusement, je ne dois pas en savoir bien plus que vous. Pour n'être qu'évocatrice, je dirais que ces derniers temps, des gens comme vous venant de royaumes lointains sont apparus, de manière quelque peu irrégulière. Certains viennent peut-être même du même royaume que vous, qui sait? »

Flora ne put qu’être légèrement déçue par cette réponse : Elle aurait bien voulu en savoir davantage sur la situation dans laquelle elle se trouvait, connaître la raison exacte de sa venue et à quoi l’on s’entendait d’elle. Son visage se voila de déception à cette réponse, et l’autre femme releva probablement le détail, puisque quelques instants plus tard, elle lui posa une question.

« Ça me gêne un peu de vous demander ça, mais…, préambula-t-elle. Puis, après une courte pause, enchaîna : Pourriez-vous me renseigner sur la manière dont vous êtes arrivée ici ? C'est un sujet qui m'intéresse particulièrement, mais je n'y connais pas grand-chose... En réalité, c'est la première fois que je rencontre un voyageur!

- Ça ne me gêne pas… »

La domestique sentit soudainement une lassitude dans son épaule droite, à force de soutenir la caisse de possessions qu’elle tenait depuis maintenant un long moment. Interrompant sa réponse, elle déposa tranquillement la boîte qui commençait à la faire souffrir au sol, étira son bras douloureux et replaça la lourde cape qu’elle portait sur ses épaules. Le sang chargea dans ses doigts qui prirent une teinte rougeâtre après ce soudain influx sanguin et elle plia et déplia ses mains afin de faciliter la circulation. La nohrienne avait bien hâte de retourner dans ses quartiers afin de peut-être se faire une tisane ou bien des compresses d’eau chaude afin de calmer la douleur. L’esprit maternel de Flora refit surface et elle proposa le même genre de traitement à la Laguz afin de traiter ses propres maux.

« Je suis désolée, s’excusa-t-elle fermement. Je dois vraiment aller porter cette caisse : Je ne voudrais pas faire attendre mon patron... Si ça ne vous dérange pas, voudriez-vous m’accompagner et, lorsque cette tâche sera faite, nous pourrions en discuter en privé avec une tasse de thé à la main? Rester à l’extérieur, au froid, ainsi n’est pas recommandé dans votre condition. Je pourrais vous préparer un breuvage chaud au laurier et citron, qu’en dites-vous? »

L’experte en thé reprit une stature droite lors de son invitation avec un sourire encourageant sur le visage avant de se pencher et de reprendre la caisse pleine dans ses bras. Même si le premier contact avec cette femme n’avait pas été des plus plaisants, elle ne pouvait s’empêcher d’être attiré par celle-ci : La manière qu’elle parlait, qu’elle tentait d’établir un contact. Comme si elle avait été… charmée. Flora ressentait toujours une pointe de déception, mais peut-être de raconter son histoire à une habitante de Gaïa aiderait à mieux comprendre la raison de sa venue et, qui sait, peut-être même s’en faire une alliée dans sa mission.

« Je vous promets de tout vous raconter, et peut-être pourriez-vous me parler un peu de vous? Comment en êtes-vous venu à savoir qu’il y ait des voyageurs dans ce monde? »

Elle se tourna vers la direction qu’elle prenait avant cette interruption. Dès qu’elle aurait sa réponse pour son invitation, Flora pourra reprendre le pas pour terminer la tâche qu’on lui avait confié.
Flora
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